Elle est là. Pour garder la double action que nous avons exprimée depuis le début de cette vaste contemplation, formation/apparition, disons que la cellule vivante est apparue en se formant. Il y eut une époque, selon la théorie du Big bang, où il n’y avait pas de cellules vivantes dans l’univers. Et aujourd’hui, il y en a des milliards de milliards sur la terre. Comment sont-elles venues à l’existence ? Aucune hypothèse scientifique ne satisfait actuellement cette légitime curiosité. Je ne vais évidemment pas proposer de nouvelles hypothèses à ce sujet. Il nous faut donc accepter ici de sauter une étape dans l’historique de la structuration de l’être. Partant des molécules géantes qui flottaient dans l’océan primitif il y a 4 milliards d’années, nous sautons à la cellule vivante. Celle-ci deviendra le nouveau matériel des prochains niveaux de la structuration de l’être.
Dans ce saut, nous mettons aussi de côté la question de savoir si, à l’origine du vivant, il y a une seule cellule ou plusieurs cellules. De toute façon, il semble clair, à ce stade-ci de nos connaissances, que l’apparition/formation de la première cellule ou des premières cellules s’est déroulé dans une fenêtre de temps précise, grâce à un contexte favorable qui ne s’est plus jamais reproduit. En bon français, ce fut un « kairos », un « momentum » ou un « timing » ! Dans les pages qui suivent, j’utiliserai souvent le singulier pour parler de la première cellule. Je ne crois pas que cela fasse une grande différence dans ma réflexion qu’il y en ait eu des milliers en même temps.
Dans les prochains articles, nous nous attarderons à divers aspects fascinants de la cellule vivante. Pour le moment, constatons que cette incroyable multitude de cellules vivantes qui peuplent la terre aujourd’hui sont toutes « structurées » sur le même modèle, unique et universel. Et elles se développent grâce à un alphabet à 4 lettres, lui aussi unique et universel. Regardons cela de plus près.
Un modèle unique et universel
Du bouillonnement primitif aurait donc jailli, nous ne savons comment, répétons-le, la cellule vivante. Il s’agit pour nous d’un nouveau niveau de structuration de l’être et d’organisation de la matière. Comme nous l’avons vu à chaque niveau d’organisation/structuration, la cellule n’est pas un amas de molécules, mais un ensemble organisé de molécules, en relation, de manière précise et constante. Et comme nous l’avons vu aussi dans les niveaux précédents, cette structuration/organisation se présente sous un modèle unique. Il y aura éventuellement une très grande variété de cellules vivantes, mais elles se présenteront toutes, globalement sous le même modèle. (Comme on dit, il y aura quelques variantes qui confirmeront la règle). Comme il y a une grande variété de molécules, mais elles sont toutes formées sous le même modèle et régies par les mêmes lois de la chimie et de la physique. Et il en est de même pour les atomes.
Donc, depuis la première cellule vivante jusqu’aux milliards de milliards de cellules vivantes qui constituent aujourd’hui la variété innombrable des êtres pluricellulaires, un modèle unique, régi par des lois universelles et constantes. C’est ce qui fonde la science et, ici, les sciences de la biochimie et de la biologie.
Voici comment Wikipédia (article « Cellule (biologie) », consulté le 10 avril 2026) décrit la cellule vivante : « Une cellule est constituée d’une membrane plasmique contenant un cytoplasme, lequel est formé d’une solution aqueuse (cytosol) dans laquelle se trouvent de nombreuses biomolécules telles que des protéines et des acides nucléiques, organisées ou non dans le cadre d’organites ».
Les biomolécules et les organites : un niveau intermédiaire
Dans le développement historique de la structuration de l’être, nous avons accepté de sauter par-dessus une étape. Revenons brièvement sur cette étape.
Les cellules sont composées de nombreuses molécules complexe. L’article cité de Wikipédia parle, par exemple, de « biomolécules telles que des protéines et des acides nucléiques, organisées ou non dans le cadre d’organites ». Dans le cadre de vie actuelle des organismes vivants, ces biomolécules et ces organites sont « fabriqués » de manière précise par les cellules elles-mêmes. Mais voilà une des difficultés rencontrées par les hypothèses concernant l’apparition/formation des cellules vivantes : comment se sont fabriquées les premières biomolécules et les premiers organites nécessaires à la vie de la cellule ? L’organite est à la cellule ce qu’un organe est au corps humain. De même qu’on ne peut pas imaginer un organe humain en dehors d’un corps humain, de même on ne peut pas imaginer un organite cellulaire en dehors d’une cellule. Entre les cellules et les molécules, il y a comme un sous-niveau de structuration de l’être qui nous échappe. La cellule n’est pas seulement un regroupement de molécules mais un regroupement de regroupements de molécules, un regroupement de molécules déjà organisées, structurées et interreliées. Les organites de la cellule vivante n’ont pas d’existence autonome comme peuvent en avoir les molécules. Ces dernières peuvent exister en elle-même et par elle-même, selon les lois de la physique et de la chimie, mais pas les organites.
À partir du moment où apparaît la cellule vivante, de plus en plus de matériau entrant dans la structuration de l’être ne pourront pas avoir d’existence autonome. Leur existence sera essentiellement, entièrement et uniquement en vue de quelque chose d’autre et par quelque chose d’autre. La cellule vivante fabrique les matériaux dont elle a besoin. Il est facile de comprendre qu’un bras ne peut pas exister en dehors du corps humain. Il ne peut pas se former en dehors du corps humain. Et son existence n’aurait aucune signification en dehors de ce corps. Il est en ainsi au niveau cellulaire. Ni la membrane plasmique, ni le cytoplasme gélatineux, ni le noyau contenant l’ADN, ni aucun autre organite cellulaire ne peuvent se former hors de la cellule, ni continuer d’exister s’ils sont coupés de la cellule vivante. C’est la vie ! Et c’est ce que nous appellerons « la vie » ! Et, éventuellement, c’est aussi ce que nous appellerons « la mort » ! La vie est une relation nécessaire. Sans cette relation, c’est la mort. Nous y reviendrons dans un tout autre chapitre.
Un alphabet unique et universel
Attardons-nous maintenant au noyau cellulaire et à cette molécule si particulière et si importante pour la suite de l’histoire qu’on appelle ADN. C’est l’acide désoxyribonucléique. Voici ce qu’en dit Wikipédia (consulté le 10 avril 2026) : « une macromolécule biologique présente dans presque toutes les cellules ainsi que chez de nombreux virus. L’ADN contient toute l’information génétique, appelée génome, permettant le développement, le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants. C’est un acide nucléique, au même titre que l’acide ribonucléique (ARN). Les acides nucléiques sont, avec les peptides et les glucides, l’une des trois grandes familles de biopolymères essentiels à toutes les formes de vie connues. »
Ainsi, l’ADN contient nous seulement l’ensemble des informations qui déterminent à quoi ressemblera l’individu, mais également tout ce qui est nécessaire pour « le développement, le fonctionnement et la reproduction » de l’individu. Et toute cette information est codée. Elle est entièrement codée grâce à un alphabet de quatre lettres : A, T, G, C. Ces lettres correspondent aux quatre bases azotées entrant dans la constitution de l’ADN. L’alternance de ces quatre bases azotées forme une séquence contenant le code génétique, séquence à la fois unique à chaque individu mais en même temps absolument identique dans sa structuration à toutes les cellules vivantes, de toutes les espèces vivantes, de tous les temps.
Chacune des ces bases azotées est composée d’un assemblage d’atomes de Carbone, d’Azote, d’Hydrogène et d’Oxygène. Quatre atomes seulement (C, N, H, O), quatre assemblages de ces atomes seulement (A, T, G, C), réunies en file indienne, en double hélice, retenues par des liaisons hydrogènes ou covalentes, selon les lois de la chimie ! Voilà ce qui rend possible la vie. Voilà sur quoi repose la merveilleuse diversité et complexité de la vie ! Voilà ce qui pose les bases de ce nouveau niveau de structuration de l’être qu’est la cellule vivante !
Universellement et depuis 3 milliards d’années, les mêmes règles, les mêmes matériaux. Et plusieurs phénomènes nouveaux regroupés sous un même nom : la cellule vivante, la vie ! Regardons quelques-uns de ces phénomènes. Mais, auparavant, attardons-nous à une réalité particulière qui apparaît à ce niveau de structuration : l’intériorité.


